|
l'Ile Royale, la plus vaste des trois îles possède
une rade profonde. Elle est habituellement réservée aux forçats de la dernière
classe. Elle renferme, outre les professionnels de l'évasion, les virtuoses du
crime, les héros de cours d'assises, des transportés, ceux-là ne sont pas les
plus malheureux, car l'air est clément " aux îles " et les cases
confortables. Somme toute, malgré la nourriture insuffisante, on y meurt moins
vite qu'ailleurs.
|
L'Ile Royale possède
sur son plateau une terrasse d'où l'on peut surveiller tout l'horizon, puis, au
point culminant, un sémaphore à disques qui permet, lorsque le temps est clair,
de communiquer avec Kourou, qui est lui-même relié télégraphiquement à Cayenne.
Un forçat, remplit sur la terrasse et au sémaphore le rôle de guetteur. Armé
d'une longue lunette, il passe ses journées à explorer le large.
|

|
Aucune
goélette se détachant du rivage ne lui échappe. Portant sur le dos sa longue
lunette en bandoulière à l'aide d'une simple ficelle. Seznec a lui aussi occupé
la fonction de guetteur.
Le sommet de l'Ile
Royale est occupé par les services hospitaliers, les habitations des
fonctionnaires (directeurs, médecins, surveillants) et la chapelle.
|
A l’Est, un grand
bâtiment, c’est l'asile des aliénés et des vieillards, puis à côté, une petite
maisonnette, la maison du bourreau. Derrière l"hôpital, sur le versant qui
regarde L’île du Diable se trouvent le camp
des transportés et le quartier cellulaire.
Dans ces longs bâtiments, dont l'intérieur rappelle
assez celui d'une chambrée de caserne avec les deux bas
flancs latéraux plaqués à la muraille. De lourdes portes, grillées de fer et dûment cadenassées vers le soir. C'est là
que sur la planche, les forçats dorment côte à côte.
|

|
Ceux, qui après un long stage de bonne conduite, sont parvenus de la troisième dans la deuxième
classe, sont exceptionnellement pourvus d'une couverture de
laine.
|
Deux fois par jour, à dix heures et à six heures, ils
reçoivent leur ration : de bœuf ou lard salé, légumes
secs et pain. Dans l'intervalle, ils se rendent à
leurs travaux respectifs : ateliers, travaux de maçonnerie,
jardinage, ou à leurs emplois :infirmiers, secrétaires
ou domestiques.
Malgré cette division du travail, le produit est nul
ou à peu près. Cela tient à l'insuffisance et surtout à la
veulerie des chefs et des surveillants. Le potager de l'Ile
Royale produit à peine un panier de légumes par jour suivant
la saison. Le ravitaillement en viande de boucherie se
fait par le poste de Kourou.
|

|

|

|
|

|

|
Il y a en général un
surveillant pour vingt hommes, plus ordinairement un pour trente.Ces longues constructions sans
étages où logent les forçats limitent une grande cour carrée. Hâves,
patibulairesefflanqués, certains paraissent malades. Ils se
plaignent de manger peu et mal. Alors le forçat, ainsi mal nourri, " chaparde ", l'employé aux dépens de son maître, l'infirmier (chose
monstrueuse!)aux dépens des malades; les autres volent leurs
voisins ou font de la " camelote ". Cameloter,
c'est faire, en termede marine marchande, du petit commerce. C'est, pour
le transporté, vendre aux fonctionnaires qui résident ou qui passent aux îles,
le produit de son travail et de son imagination.
|

|

|
Sur le bord de la
rade, le long du quai, se trouvent les ateliers où travaillent les condamnés, puis une
maison à arcades qui sert d'habitation
aux surveillants du quai, au rez-de-chaussée de local aux canotiers du port.
Les canotiers surtout étaient passés maîtres dans
l'art du camelotage et nul ne peut être mieux placé qu'eux pour écouler la marchandise cachée.
Deux fois dans l'année seulement, et c'est un
événement aux Iles le transport la Loire venant directement du
dépôt de Saint-Martin de Ré, apporte un contingent de six
ou huit cents nouveaux condamnés.
|

|

|
|
|
© 2001-2005 Guy Marchal
|